Chris Anderson, auteur en octobre 2004 d'un célèbre article sur la théorie de la longue traîne (dont voici une explication sensiblement plus courte que l'article original), vient de publier un excellent article : Free! Why $0.00 Is the Future of Business (Gratuit ! Pourquoi $0.00 est l'avenir des affaires). J'ai lu ces 6 pages (quelle idée saugrenue de diviser un article en 6 pages web...) avec beaucoup d'intérêt. J'en recommande la lecture à quiconque s'interroge sur des sujets comme le prix de distribution de la musique (si vous ne connaissez pas ces sujets, voir notamment cet article et cet autre de Louis Naugès), les services en ligne gratuit (Google...), etc.
Il s'agit également de bien comprendre que ce qui est payant en ligne est beaucoup moins cher que ce que nous avons connu jusqu'à présent, pour une simple raison : les règles ont changé, notamment la loi de Moore a produit ses effets sur la rareté et le coût du matériel et des canaux nécessaires à ces services. Quand j'interviens dans de grandes entreprises et que je présente le mouvement des services en ligne, en général, et Google Apps en particulier, il me faut plusieurs minutes pour faire comprendre à mes interlocuteurs comment peuvent exister de meilleurs outils informatiques que les leurs, avec 500 fois plus de stockage pour un coût 10 à 20 fois inférieur, soit, proportionnellement, 5.000 à 10.000 fois inférieur (voir nul pour l'édition Standard !).
Prenant des exemples simples comme Google ou Ryanair (qu'il avait déjà utilisé dans un précédent article), Chris Anderson décrit comment l'économie de la gratuité (freeconomics) existe tout simplement grâce aux moyens de communication récents et aux nouveaux rapports entre les différents acteurs économiques.
But free is not quite as simple — or as stupid — as it sounds. Just because products are free doesn't mean that someone, somewhere, isn't making huge gobs of money. Google is the prime example of this. The monetary benefits of craigslist are enormous as well, but they're distributed among its tens of thousands of users rather than funneled straight to Craig Newmark Inc. To follow the money, you have to shift from a basic view of a market as a matching of two parties — buyers and sellers — to a broader sense of an ecosystem with many parties, only some of which exchange cash.Le sujet de la gratuité, récent, dopé par la mondialisation, soulève de très nombreuses questions auxquelles nous ne sommes pas encore capables de répondre. Les commentaires postés au sujet de l'article de Chris Anderson ne sont pas tous très tendres. Ils sont symptomatiques de cette rupture, cette révolution des moyens de communication et de partage de l'information que nous sommes en train de vivre.
(Mais la gratuité n'est pas si simple - ou si stupide - qu'il y paraît. Le seul fait que des produits soient gratuits ne signifient pas que quelqu'un, quelque part, n'est pas en train de se faire un paquet d'argent grâce à eux. Google en est l'exemple le plus évident. Les bénéfices de craigslist sont énormes, eux aussi, mais ils sont répartis entre ses dizaines de milliers d'utilisateurs et non injectés directement dans Craig Newark Inc. Pour comprendre le chemin de l'argent, il faut passer d'une conception du marché comme simple rencontre de deux parties - acheteurs et vendeurs - à un sens plus large d'un écosystème comportant de nombreuses parties, dont certaines seulement échangent de l'argent.)
Cependant, 19 ans après l'invention du web, les éléments de réponse s'accumulent. En lui-même, l'article n'est pas une véritable révélation. Il m'a juste permis d'avancer. Cela m'a donné envie de le partager.
Ajout du 16 mars 2008 : Internet Actu a publié le 10 mars un intéressant complément, la gratuité est-elle l'avenir de l'économie ? Cet article fait notamment référence à un article de un ex-rédacteur en chef de Wired (donc prédécesseur de Chris Anderson), Kevin Kelly : mieux que le gratuit (traduction en français). Kevin Kelly distingue 8 valeurs (dont, par exemple, la confiance) pour lesquelles l'utilisateur est prêt à payer car Internet ne permet pas de les copier.
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