Ce matin, j'avais rendez-vous à l'ANPE pour mon premier entretien, qui conditionne l'accès aux aides sociales. Auparavant, je me suis rendu à l'appartement que Clotilde et moi avons récemment acquis. Je devais "manager" les deux personnes qui s'y trouvaient aujourd'hui : un ouvrier enduiseur et le père d'une amie, peintre de son métier, qui s'est gentiment proposé de commencer la peinture aujourd'hui. A 9h25, je les quitte en espérant ne pas être en retard pour mon rendez-vous. Ce que c'est, d'être ponctuel...
9h55 : j'y suis. Je pénètre dans le hall bien éclairé par de vastes baies vitrées donnant sur le trottoir et j'attends que la conseillère d'accueil puisse m'orienter. Je prépare ma convocation : Fiche de rendez-vous - N° dossier... blablabla... Rendez-vous le vendredi 27 janvier 2007 à... 10h30 ?! Zut alors, je suis en avance d'une demie heure. Explication : sur l'agenda de mon mobile, je compte toujours le temps de trajet pour entrer la date de début d'un évènement. J'avais noté 9h30 car je comptais une heure de trajet. Et puis ce matin, je n'ai pas vérifié l'heure du rendez-vous et le trajet n'était que d'une demie heure. Bref, je demande tout de même s'il est possible d'être reçu en avance mais mon conseiller est déjà mobilisé. Bon, je m'assois donc et rouvre Le Point de la semaine passée (n°1792) : j'en suis justement au dossier Spécial recrutement. Vaste programme.
Au bout d'un moment, je relève le nez et regarde autour de moi : les locaux ont dans les quarante ans et on les a rajeunis avec un mobilier sobre mais coloré. Je médite sur le logo de l'ANPE et son coût prohibitif (2,4 millions d'euros). Un logo qui a beaucoup fait parler de lui, notamment parce qu'il ressemble à celui d'une boîte et à celui d'une autre boîte et encore à celui d'une troisième. Pourquoi suis-je ici, me demandé-je ? Eh bien, je perds du temps parce qu'on me l'impose. Ce rendez-vous est une simple donnée administrative. Et en plus, il est déjà 10h50.
"Wikipédia ?..."
"MONSIEUR MARGERAND !" Je me lève et emboîte le pas à mon crieur qui repart illico et à grandes enjambées vers son bureau sans faire mine de regarder si quelqu'un le suit. Je m'assois face à mon conseiller et sollicite une brève explication sur le but exact de ma présence, histoire de mesurer où nous allons. Comme annoncé lors de mon entretien Assedic, il s'agit de prendre note de mon profil afin d'assurer le suivi éventuel de ma recherche d'emploi, par exemple si je n'ai rien trouvé dans trois mois.
Et là, ça démarre assez fort puisque je m'aperçois rapidement, en décrivant mon profil, que j'intéresse mon conseiller ANPE ! En fait, non seulement il me demande des précisions sur le sujet des outils collaboratifs en ligne mais il y va aussi de sa culture, avançant un timide "Wikipédia ?..." qui me ravit. Nous parlons du Minefi, du Conseil régional d'Ile-de-France, de la Gendarmerie Nationale et de leur choix d'utiliser des logiciels libres.
Quand je prospecte l'ANPE malgré moi
Pierre (c'est son prénom) me fait part de l'intérêt de l'ANPE pour ces sujets, me répétant à plusieurs reprises "nous sommes très ouverts là-dessus", me montrant qu'il a bien saisi que l'ANPE devrait se pencher sur ce que nous appelons Web 2.0 et bureautique 2.0 et m'invitant à réaliser un petit audit du site officiel en vue de le faire bénéficier de toutes les technologies qui pourraient être utiles aux demandeurs d'emploi. A ce sujet, je dois dire que ma première pensée a été la bonne surprise de trouver un flux RSS... malheureusement présent uniquement en page d'accueil ! Et encore, si votre navigateur ne vous signale pas ce flux, vous ne saurez rien de son existence car aucun lien ne le matérialise sur la page. Ce que c'est, d'être perfectionniste...
De fil en aiguille, nous définissons mon profil, ma recherche et Pierre me fait bénéficier de précieux conseils. Au cours de l'entretien, la conseillère d'accueil de l'agence l'interrompt d'ailleurs pour lui transmettre la requête d'un demandeur d'emploi : cet homme, conseillé par Pierre en 2006 et encouragé par ce contact, souhaite qu'il l'accompagne de nouveau. Peut-être le signe que je suis tombé sur la perle rare. Tant mieux ! Il m'expliquera par la suite qu'il s'est découvert un intérêt pour l'orientation professionnelle en trouvant des emplois pour ses amis quand lui-même était en recherche.
Alors quoi, c'est tout ? Oui et non. Je ne vais pas non plus rapporter ici l'intégralité de l'entretien. Sachez cependant que Pierre a été journaliste dans la presse informatique et connaît donc un peu son sujet. D'ailleurs, il m'encourage à me faire connaître des médias car il me verrait bien écrire, voire présenter une animation de radio ou de télévision. Je n'ai pas retenu ses mots exacts mais en substance, "vous vous exprimez très bien et vous avez une bonne gueule" : ça fait toujours plaisir ! Si seulement je pouvais écrire aussi clairement que je parle.
Alors merci, Pierre ! Merci de m'avoir donné encore un peu plus de confiance que je n'en avais déjà. Merci parce que les médias m'intéressent et ce que vous m'avez dit m'encourage. Merci parce que vous avez pris le temps qu'il fallait pour que cet entretien soit mené de façon complète. Merci parce que l'étincelle était dans mes yeux lors de notre conversation alors que j'étais malade comme une bête et que, cinq minutes avant, je ne rêvais que d'être seul dans une chambre calme pendant douze heures. Merci parce que, cette heure qui n'est rien dans une vie, vous lui avez donné un sens, pour vous comme pour moi. Je ne m'attendais pas à cela et je suis sorti enthousiaste de votre agence.
La bureautique 2.0 est une valeur ajoutée pour chacun d'entre nous comme pour le collectif
Mais surtout, MERCI parce que si les conseillers ANPE s'intéressent à la bureautique 2.0, alors je sais que nous allons pouvoir faire de grandes choses. Et comme je vous l'ai dit ce matin, je suis tout-à-fait disposé à me rendre disponible pour venir échanger avec vous et les autres membres de votre équipe au sujet des outils collaboratifs en ligne qui existent déjà et vous aider à en trouver des usages innovants pour un travail à la fois plus collaboratif, plus pérenne et plus simple. Et pourquoi ne pas proposer également aux demandeurs d'emploi ce type de formation ? J'en parlais déjà dans l'épisode précédent : ma recherche d'emploi ne serait certainement pas la même sans outils de bureautique 2.0. Je ne prétends pas réduire le taux de chômage grâce à ces outils. Mais ils sont peut-être l'occasion de mettre les demandeurs d'emploi en relation les uns avec les autres et de créer des réseaux dans le réseau, où les chercheurs deviendraient de vrais acteurs, collaborateurs. Mais tu as raison, cher lecteur, je m'emporte. Et puis non ! Si nous ne saisissons pas cette chance de disposer de tels outils, quelle chance saisirons-nous au juste ? Ce que c'est, d'être idéaliste...
Un objectif qui pourrait être réellement constructif serait de proposer à une dizaine de chercheurs d'emploi d'un secteur donné de sélectionner quelques outils web 2.0 et bureautique 2.0 et de les accompagner dans l'élaboration d'un mini-réseau. Quels résultats cela donnerait-il ? Quel partage d'expériences ou plutôt quelles nouvelles expériences cela créerait-il ? Je suis très curieux de le savoir.
Les entreprises sont pleines de compétences en bureautique 2.0
Tu l'as compris, lecteur adulé, aujourd'hui l'ANPE a marqué des points grâce à Pierre. Mais combien de Pierre y a-t-il dans nos entreprises, grandes ou petites ? Combien de gens qui, comme lui, s'intéressent à ce sujet, voire le maîtrisent mais dont on n'exploite pas cette affinité sur leur lieu de travail ? Surpris, je le suis, et agréablement. En même temps, comment s'étonner de croiser tous les jours des Pierre quand on voit le nombre de blogs francophones ? Il est urgent d'utiliser les compétences de ces usagers du web pour dynamiser dynamiter le travail d'équipe en entreprise.
Bien, il va maintenant falloir que je finisse la vaisselle. Ce que c'est, d'être un homme moderne...